s'était couché tard après une réunion contradictoire organisée dans la salle des réunions contradictoires de Bellecombe-sur-Moulx. Y assistaient une douzaine de personnes parmi lesquelles : sa femme, sa mère, son beau-père, son fils, son jardinier, sa blanchisseuse, un ami d'enfance, le technicien chargé de la sonorisation, la femme de ménage, un contradicteur aphone et le gros public. Le matin, Monféal s'était levé tôt et avait écrit le texte de six tracts et d'un discours. Après quoi, il était allé prendre un bain tandis que sa famille familliait autour de lui. Une heure plus tard, son épouse, ne le voyant pas réapparaître, avait toqué à la porte. Puis elle était entrée et s'était évanouie à la vue de l'horrible spectacle.

— La porte de la salle de bains n'était donc pas fermée de l'intérieur ? m'étonné-je.

— Non : le loquet était bloqué depuis plusieurs semaines.

— Et personne n'a vu entrer personne dans la maison ?

— Non. Ah ! c'est pas du sucre, mon vieux San-A !

— Tu as une opinion, à propos de ces assassinats ?

— Un dingue, sans aucun doute. Il y a dans cette ville un type siphonné que la politique fait sortir de ses gonds.

— Il reste encore des candidats en course ?

— Le parti indépendant a toujours le sien.

— Il doit les avoir en fourreau de parapluie, ce pauvre éligible ! murmuré-je.

— Tu parles ! Note bien que sa protection est assurée dorénavant. Je lui ai collé trois gardes du corps qui ne le quittent pas d'une semelle.

Je me gratte le naze. Les copains ont fait renouveler les consommations à plusieurs reprises déjà et le ton s'est élevé d'une octave et de deux gustaves. Le père Morbleut continue de prodiguer ses pertinents conseils aux « jeunots » de la Rousse Moderne.

— Il faut tondre toutes les femmes du pays pour les faire causer ! affirme-t-il. Elles tiennent à leurs tifs, les garces !

Il caresse son crâne aussi lisse qu'une olive et enchaine :



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