Au départ, pourtant, on était optimistes vu que le petit bonhomme au pébroque de notre baromètre restait prudemment tapi dans sa guitoune. C'était au contraire la dame à l'ombrelle, annonciatrice du beau temps, qui venait faire du charme à l'avant-scène. Jamais il ne s'était gouré, notre baromètre, jamais. Suisse, qu'il est, alors on a eu confiance. Mais probable qu'il s'est fait naturaliser français, à force d'habiter le pavillon de Saint-Cloud ? Toujours est que le sourire engageant de la souris nous a incités au départ. J'ai chopé Félicie par une aile, notre malle-valise par sa poignée la plus solide, et nous sommes partis sans crier gare (j'avais ma bagnole).

C'est comme ça qu'on s'est amené à Saint-Turluru-le-Haut. Pas la peine de chercher sur une carte Saint-Turluru-le-Bas : il n'existe, plus. C'était un patelin tout en longueur, on a fait une nationale â la place et tout ce qu'il en reste c'est une pissotière que les habitants Saint-Turlurin-du-Bas, émigrés à Saint-Turluru-le-Haut, repeignent avec déférence chaque année et contre laquelle ils viennent déposer une gerbe le 14 de chaque juillet.

Par contre, Saint-Turluru-le-Haut est un bourg florissant. Il y a un bureau de poste qui fait dépôt de pain et de journaux et une épicerie-café-bureau de tabac. Ce dernier magasin est divisé en deux parties. A gauche de la lourde, il y a le café-tabac, avec s'il vous plaît un jeu de fléchettes et de dominos (c'est Las Vegas en plus petit) et à droite, l'épicerie-haute couture. On y vend du gros sel, de la moutarde des robes de dames, des chapeaux cloche (vraiment cloches), des corsages avec de la dentelle par-devant, des dessous salaces entièrement tricotés main et des slips tellement coquins que Paul-Emile Victor en prendrai trois douzaines de paires en prévision d'une prochaine expédition dans l'Arctique. Ledit magasin a deux enseignes.

A gauche, ça s'appelle « Le Trou du Cru » et à droite « l'Elégance Parisienne ». Bref, vous le voyez, ce pays est plein de distractions.



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