
C'est comme ça qu'on s'est amené à Saint-Turluru-le-Haut. Pas la peine de chercher sur une carte Saint-Turluru-le-Bas : il n'existe, plus. C'était un patelin tout en longueur, on a fait une nationale â la place et tout ce qu'il en reste c'est une pissotière que les habitants Saint-Turlurin-du-Bas, émigrés à Saint-Turluru-le-Haut, repeignent avec déférence chaque année et contre laquelle ils viennent déposer une gerbe le 14 de chaque juillet.
Par contre, Saint-Turluru-le-Haut est un bourg florissant. Il y a un bureau de poste qui fait dépôt de pain et de journaux et une épicerie-café-bureau de tabac. Ce dernier magasin est divisé en deux parties. A gauche de la lourde, il y a le café-tabac, avec s'il vous plaît un jeu de fléchettes et de dominos (c'est Las Vegas en plus petit) et à droite, l'épicerie-haute couture. On y vend du gros sel, de la moutarde des robes de dames, des chapeaux cloche (vraiment cloches), des corsages avec de la dentelle par-devant, des dessous salaces entièrement tricotés main et des slips tellement coquins que Paul-Emile Victor en prendrai trois douzaines de paires en prévision d'une prochaine expédition dans l'Arctique. Ledit magasin a deux enseignes.
A gauche, ça s'appelle « Le Trou du Cru » et à droite « l'Elégance Parisienne ». Bref, vous le voyez, ce pays est plein de distractions.
