
— Il était seul dans sa maison lorsque c'est arrivé ?
— Pas du tout ! Y avait sa femme, sa vieille mère, ses deux enfants, la bonne, son chien de chasse et deux tourterelles en cage.
— Personne n'a rien entendu ?
— Personne.
— Il ne s'agirait pas d'un suicide, par hasard ?
— D'après les premières contestations de la police, paraîtrait qu'non !
Je me masse le bulbe. A cet instant, M'man descend l'escadrin tenant la petite mallette de croco où elle met nos bijoux.
— Tu as prévenu, mon grand ? demande-t-elle à mi-voix.
Je secoue la tête.
— Y’a maldonne, M'man ; on ne part plus.
Elle n'est pas contrariante, Félicie. Elle a décidé une fois pour toutes que tout ce qui sortait de ma bouche était parole d'évangile, Pourtant, elle ne peut s'empêcher de balbutier.
— Ah ! Bon… Mais… Pourquoi ?
— On vient de trucider un nouveau candidat de Bellecombe. C'est passionnant.
Je lui donne la bibise des grands moments.
— Je vais faire un tour chez les bourremen de Bellecombe, M'man. Si par hasard j'étais en retard pour le dîner, mets-toi à table sans moi.
Elle se retient de soupirer et me regarde partir en me lançant un œil plein d'indulgence et de pardon.
Je vais sortir ma tire du garage où elle s'empoussière entre une camionnette de livraison et un tracteur rouillé. Je manœuvre afin de me dégager. Mais juste au moment où je débouche de la cour intérieure de l'hôtel, M. Morbleut, l'ex-adjudant de gendarmerie, me barre la route de ses bras en croix.
— Vous allez à Bellecombe ?
— Oui.
— Ça vous ennuierait de m'emmener ? Vous savez ce qui se passe ? On a ratatiné un second candidat aux élections.
— Pas possible ! Fais-je en lui ouvrant la portière.
CHAPITRE II
Le commissariat de Bellecombe est une ruche, moi je vous le dis.
