— Vous savez la nouvelle ? clame-t-il d'une voix sifflante car il a perdu son râtelier récemment dans un verre de Cinzano.

— Non ! répondent en chœur les marchands de frites.

— On nous en a tué encore un !

— Un quoi ? S’enquièrent d'une seule voix les additionneurs réunis.

— Un candidat député, pardine…

Intéressé, je m'approche.

— Vous voulez dire que le nouveau candidat communiste a été abattu comme son devancier ? susurré-je.

Le facteur relève la visière de son képi, ce qui le fait illico ressembler à un dessin d'Aldebert.

— Pas le communiste, cette fois : l'U.N.R. !

Alors là, mes fils, j'en prends plein mes moustaches ! Assisterait-on à une vendetta de grande envergure ?

— Comment est-ce arrivé ? je demande.

Le facteur louche sur le comptoir désert. Le taulier, qui comprend ce que regarder-vers-le-comptoir veut dire, lui verse un gros rouge que le postman écluse en moins de temps qu'il n'en faut aux usagers des postes pour coller l'effigie de la Ve sur une enveloppe.

— Ça s'est passé comme pour Marasme !

— Qui est Marasme ?

— Vous savez ; le zig de la Révolution qu'une dénommée Charlotte a saigné dans sa baignoire ?

— Vous voulez parler de Marat ?

Il hoche du képi.

— Peut-être qu'à Paris on l'appelle comme ça, mais dans nos écoles à nous c'est Marasme !

Le candidat a été poignardé dans son bain ?

— Oui. Sa dame l'a trouvé dans la baignoire, saigné à blanc. On lui avait tranché la cariatide avec un rasoir à manche, le sien, justement !

— S'il s'était rasé à l'électricité, ça ne lui serait pas arrivé, ne puis-je m'empêcher de constater.

Mais ma boutade ne fait sourire personne Au contraire, elle me vaut des regards outrés. Je me racle le gosier.



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