San-Antonio

Zéro pour la question

Pour Françoise et Yves de Comberousse

en toute affection

leur San-Antonio

PREMIER AVERTISSEMENT

Je sais des grincheux, des ratiocineurs, des documentés, des cartésiens, des techniciens, des informés, des réalistes, des soucieux de l'exactitude, des constipés, des vilains, des nieurs de rêve, des broyeurs d'utopie, des dénigreurs de chefs-d'œuvre qui déclareront que, dans les sous-marins, ça « ne se passe pas comme dans ce livre ».

C'est pourquoi je prends les devants pour déclarer à ces malotrus, à ces casseurs de cabane, à ces rompeurs d'ambiance, à ces compisseurs d'évasion, qu'ils musèlent leurs groins, qu'ils modèrent leurs expressions, qu'ils se filent leurs arguments dans le baigneur, qu'ils économisent leur stylo vengeur et qu'ils aillent vomir ailleurs si j'y suis pas ; car dans mon livre, ça se passe comme ça.

Et pas autrement !

S.A.

PREMIÈRE PARTIE

VAIN MILIEU SAOULE LES MÈRES

CHAPITRE PREMIER

Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais il est rare que les grands de ce monde soient souffrants. Malades, ça oui, quelquefois, histoire de se rendre intéressants ; mais souffrants, jamais. L'angine, la grippette de printemps, le mignon refroidissement, l'indisposition passagère, c'est pas pour leurs pommes. Leur thermomètre est toujours au beau fixe. Eux, quand ils se mettent à températurer, c'est pour le bon motif catalogué chou-fleur, infarctus ou hémorragie cérébrale. Voilà le genre de remarque que je me fais en franchissant le porche de l'appartement du Vieux, avec le joyeux Béru sur mes talons comme du fumier sur des galoches.



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