
— Tu me croiras si tu voudras, murmure le Mastar en marchant sur la pointe des nougats pour modestiser ses empreintes dans le hall marbreux couvert d'une moquette non fauchée, mais ça m'intimide de venir chez Pépère. Il crèche dans un bath gourbi, hein ?
— Tu parles ! laconisé-je en m'approchant d'une loge de concierge un tout petit peu plus vaste et plus luxueuse que les appartements de M. Boussac.
Je sonne, et une dame sévère, munie d'un goitre et d'un face-à-main, vient, d'un haussement de sourcils, me demander qui je suis et ce que je désire. Il s'agit de la pipelette. La qualité d'un immeuble, son véritable standing, s'expriment avant tout par sa concierge. Dans les beaux quartiers, comme dirait Aragon, le boucher à la rouge encolure
— A gauche ou à droite ? réclame Béru, toujours avide de vin rouge et de précisions.
Sa sotte question fait s'assombrir la prunelle vigilante de notre interlocutrice. Dans ce genre de masure, le plus modeste des locataires a l'étage pour lui tout seul.
Au troisième, c'est un valet de chambre gourmé, figé, momifié, à favoris gris, à gilet rayé, à pantalon noir qui nous délourde. Il a trop vu de films de Sacha Guitry et il s'est fait une idée erronée des gens de maison, ce biquet. Il a une attitude à ce point compassée qu'elle inspire la compassion.
— Nous sommes attendus, lui dis-je, en réponse à la question qu'il s'abstient de nous poser.
— Merde ! Mais c'est Grossel ! clame Béru en balançant un crochet du droit au plexus du larbin.
Le pingouin fait un couac et ouvre toute grande une bouche aux lèvres amincies par des années de servilité. Et le Gros d'enchaîner, à mon intention :
— T'as pas connu le brigadier Grossel ? Il était à la Mondaine autrefois. Un jour il a demandé sa retraite anticipée, comme quoi, soi-disant, il allait planter de la laitue dans son pavillon d'Arpajon. Mais alors, Grossel, tu marnes dans l'esclavage, à c't'heure ? T'étais devenu économiquement faible ou quoi ? T'avais à ce point la nostalgie de l'uniforme, mon pote !
