— Bonjour, messieurs, fait-il en se dressant. Vous me prenez en flagrant délit de violon d'Ingres !

Je contemple le Paris lilliputien posé sur le sol.

— Vous étudiez les problèmes de la circulation, monsieur le directeur ? m'enquiers-je.

— Non, je fais des maquettes de funérailles nationales, révèle le Tondu. Elles posent des problèmes de plus en plus grands. Il devient quasiment périlleux de bloquer pendant des heures la circulation parisienne. Aussi suis-je en train d'étudier un projet de dégorgement très intéressant.

Emporté par son sujet, il nous l'explique.

— Quels sont les deux pôles des obsèques nationales ? Notre-Dame et l'Arc de Triomphe, n'est-ce pas ? Jusque-là on utilise l'itinéraire : rue de Rivoli, place de la Concorde, Champs-Elysées. C'est de la démence. Moi, j'en envisage un autre qui se ferait par la Seine ! La concentration de la foule le long des quais serait moins gênante que sur les trottoirs bordant les voies que je viens de citer. Le cortège embarquerait depuis le parvis de Notre-Dame et descendrait la Seine jusqu'à la place de l'Alma. Une fois là il s'engagerait dans l'avenue Georges-V, mais presque immédiatement, il emprunterait le parking souterrain pour ressortir au carrefour Georges-V–Champs-Elysées. Ne resterait plus alors à bloquer que le tronçon des Champs-Elysées qui va jusqu'à l'Etoile.

— Génial, approuvé-je. Votre santé est meilleure, monsieur le directeur ?

— Je fais toujours beaucoup de température et mon médecin m'interdit formellement de sortir.

Il nous sourit. Ça le change complètement, sa tenue de malade. Il a les yeux cernés, du feu aux pommettes, et ses joues s'ombrent d'une barbe de vingt-quatre heures, grisâtre et mal plantée.

— Faut bien suivre les inscriptions de votre médecin, m'sieur le directeur, recommande le Dodu, vous avez vraiment une mine de papier haché ; et votre bonnet d'estragon vous fait paraître plus pâle. C'est la première fois que je vous vois avec une coiffure. On se rend compte que le chauvinisme vous va bien.



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