
Le Vieux a un sourire de remerciement et nous guide jusqu'à son bureau, une grande pièce avec des meubles anglais, des cartes géographiques, des bouquins rébarbatifs et une odeur de camphre extrêmement désagréable.
Il nous désigne un canapé de cuir vert.
— Asseyez-vous. Vous prendrez bien quelque chose ?
Eh quoi ! Pour la première fois depuis que nous œuvrons sous ses ordres, le Vieux nous offrirait à boire !
— C'est pas de refus, s'empresse Béru.
— Que prendrez-vous, s'inquiète le râpé de la Galbasse : tilleul ou verveine ?
— Verveine, dis-je en réprimant une assez fantastique envie de rire.
Bouille du Gros pour qui l'eau chaude, sous toutes ses formes et dans ses différentes applications, constitue un cauchemar !
Le ci-devant brigadier Grossel nous apporte trois solides infusions. Derrière la fumée de sa tasse, Béru ressemble à un bouddha qui aurait des crampes dans ses bras gauches.
— Mes amis, attaque le Dabuche, je ne vous ai pas fait venir pour vous abreuver de tisane, mais bien pour vous confier l'enquête la plus stupéfiante de votre carrière.
Ayant dit, il souffle sur son breuvage afin de laisser à notre curiosité le temps de devenir adulte. Sa maladie ne lui a rien ôté de ses facultés taquinatives. Il aime aiguiser l'intérêt de ses subordonnés comme un rémouleur tatillon le fil d'un couteau sur ses meules.
— Ce serait à propos de quoi t'est-ce ? grogne Bérurier, lequel dédaigne sa tasse avec ostentation.
Mais on ne vide pas le sac du Vioque comme un sac de pommes de terre : en le tenant à la renverse. Avec cécoinsse, il faut drôlement secouer le flacon, je vous le dis !
— Il s'agit d'une chose effarante, murmure le dirlo en rajustant son bonnet de fourrure.
