L’averse se calmait et la jeune fille marchait au milieu du trottoir, la tête rejetée en arrière, exposant son visage aux dernières gouttes. Elle sourit en voyant Montag.

« Salut ! » Il lui rendit son salut et ajouta : « Qu’est-ce que vous mijotez à présent ?

— Je continue de faire la folle. C’est bon de sentir la pluie. J’adore marcher sous la pluie.

— Je ne crois pas que j’aimerais ça.

— Il faudrait essayer pour savoir.

— Ça ne m’est jamais arrivé. » Elle se lécha les lèvres. « Même le goût de la pluie est agréable.

— C’est à ça que vous passez votre temps, à tâter de tout au moins une fois ?

— Parfois deux. » Elle regarda quelque chose au creux de sa main.

« Qu’est-ce que vous tenez là ? dit-il.

— Je crois que c’est la dernière fleur de pissenlit de l’année. Je ne pensais pas en trouver une sur la pelouse à cette saison. Savez-vous qu’on peut s’en frotter le menton ? Regardez. » Elle porta la fleur à son menton tout en riant.

« Et ça sert à quoi ?

— Si ça déteint, c’est que je suis amoureuse. Alors ? » Il n’avait guère d’autre choix que de regarder.

« Eh bien ? dit-elle.

— Vous avez le dessous du menton tout jaune.

— Chouette ! Essayons sur vous maintenant.

— Ça ne marchera pas avec moi.

— Attendez. » Avant qu’il ait pu faire un geste elle lui avait appliqué la fleur de pissenlit sous le menton. Il eut un mouvement de recul et elle éclata de rire. « Ne bougez pas comme ça ! » Elle lui examina le menton et fronça les sourcils.

« Alors ? demanda-t-il.

— Quel dommage. Vous n’êtes amoureux de personne.

— Mais si !

— Ça ne se voit pas. — Je suis même très amoureux ! » Il s’efforça d’évoquer un visage pour confirmer ses paroles, mais en vain.

« Je vous assure !

— Je vous en prie, ne faites pas cette tête.



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