— C’est votre pissenlit. Tout s’est déposé sur votre menton. C’est pour ça que ça que ça ne marche pas avec moi.

— Oui, ça doit être ça. Bon, voilà que je vous ai contrarié, je le vois bien. Je suis désolée, sincèrement. » Elle lui effleura le coude.

« Non, non, s’empressa-t-il de répondre, tout va bien.

— Il faut que je m’en aille, alors dites-moi que vous me pardonnez. Je ne veux pas que vous soyez fâché contre moi.

— Je ne suis pas fâché. Contrariée oui.

— Il faut que j’aille voir mon psychanalyste à présent.

On me force à y aller. J’invente des choses à lui raconter.

Je ne sais pas ce qu’il pense de moi. Il dit que je suis un véritable oignon ! Il n’en finit pas de peler mes couches.

— Je n’ai pas de mal à croire que vous ayez besoin de ce psychanalyste.

— Vous ne parlez pas sérieusement. » Montag poussa un grand soupir. « Non, dit-il enfin, je ne parle pas sérieusement.

— Mon psychanalyste veut savoir pourquoi je vais me promener, pourquoi je marche dans les bois, pourquoi je regarde les oiseaux et collectionne les papillons. Un jour, je vous montrerai ma collection.

— Bonne idée.

— Ils veulent savoir ce que je fais de mon temps. Je leur dis qu’il m’arrive de rester simplement assise à réfléchir. Mais je ne leur dis pas à quoi. Je les fais marcher.

Il y a aussi des fois, je leur dis, où j’aime renverser la tête, comme ça, et laisser la pluie couler dans ma bouche.

On jurerait du vin. Vous n’avez jamais essayé ?

— Non, je...

— Vous m’avez pardonné, n’est-ce pas ?

— Oui. » Il y réfléchit un instant. « Oui, je vous ai pardonné. Dieu sait pourquoi. Vous êtes bizarre, vous êtes agaçante, mais on n’a aucun mal à vous pardonner.

Vous dites que vous avez dix-sept ans ?

— Enfin... le mois prochain.

— Comme c’est curieux. Ma femme a trente ans et pourtant, il y a des fois où vous paraissez beaucoup plus âgée. Ça me dépasse.



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