Montag lui toucha le museau.

Le Limier grogna.

Montag sauta en arrière.

Le Limier se souleva à demi dans sa niche et fixa sur lui le néon vert bleuté qui s’était soudain mis à palpiter dans ses protubérances oculaires. Il laissa échapper un nouveau grognement, étrange et grinçante combinaison de grésillement électrique, de bruit de friture, de métal torturé, d’engrenages se mettant en route comme s’ils étaient rouillés et confits dans un vieux soupçon.

« Du calme, mon grand, du calme », dit Montag, le cœur battant.

Il vit l’aiguille argentée pointer de deux centimètres, se rétracter, pointer, se rétracter. Le grondement fermentait dans les flancs du fauve qui le regardait.

Montag recula. Le Limier s’avança hors de sa niche.

Montag empoigna le mât de cuivre d’une main. Le mât réagit, coulissa vers le haut, et l’emporta en douceur à travers le plafond. Il reprit pied dans la demi-obscurité du niveau supérieur. Il tremblait, son visage était d’une pâleur tirant sur le verdâtre. En bas, le Limier s’était recouché sur ses huit pattes, ses incroyables pattes d’insecte, et s’était remis à bourdonner tout seul dans son coin, ses yeux à facettes désormais en paix.

Debout près du trou de descente, Montag prit le temps de se remettre de ses frayeurs. Derrière lui, quatre hommes assis dans un coin à une table de jeu éclairée par un abat-jour vert lui adressèrent un bref regard, mais sans aucun commentaire. Seul l’homme à la casquette de capitaine revêtue de l’insigne au Phénix se montra curieux et, ses doigts minces refermés sur les cartes à jouer, consentit enfin à lui adresser la parole de l’autre bout de la pièce.



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