Mais il savait que ses lèvres n’avaient bougé que pour lancer un vague salut, et lorsqu’il la vit comme hypnotisée par la salamandre sur son bras et le cercle au phénix sur sa poitrine, il reprit la parole.

« Mais bien sûr, dit-il, vous êtes nouvelle dans le voisinage, n’est-ce pas ?

— Et vous devez être... » Elle détacha ses yeux des insignes professionnels. « ... le pompier. » Sa voix s’éteignit.

« Vous avez dit ça d’une drôle de voix.

— Je... je l’aurais deviné les yeux fermés, dit-elle posément.

— Ah... l’odeur du pétrole ? Ma femme s’en plaint tout le temps, dit-il en riant. Impossible de la faire disparaître complètement.

— Effectivement », fit-elle, intimidée.

Il avait l’impression qu’elle tournait autour de lui, l’examinant sur toutes les coutures, le secouait calme ment, vidait ses poches, sans qu’elle eût à effectuer le moindre mouvement.

« Le pétrole, dit-il pour rompre le silence qui se prolongeait, ce n’est rien qu’un parfum pour moi.

— Vraiment?

— Absolument. Pourquoi pas ? » Elle s’accorda un instant de réflexion. «Je ne sais pas. » Elle regarda le trottoir dans la direction de leurs maisons. « Ça ne vous dérange pas si je m’en retourne avec vous ? Je m’appelle Clarisse McClellan.

— Clarisse. Guy Montag. Allons-y. Qu’est-ce que vous fabriquez dehors à une heure aussi tardive ? Quel âge avez-vous ? » Ils avançaient sur le trottoir argenté dans la nuit où soufflaient à la fois le chaud et le frais. Un soupçon d’abricots et de fraises fraîchement cueillis flottait dans l’air ; il regarda autour de lui et se rendit compte que c’était absolument impossible à une époque aussi avancée de l’année.



4 из 155