
Il n’y avait plus maintenant que la jeune fille marchant à ses côtés, le visage brillant comme neige dans le clair de lune, et il savait qu’elle réfléchissait à ses questions, cherchant les meilleures réponses à lui donner.
« Eh bien, dit-elle, j’ai dix-sept ans et je suis folle. Mon oncle affirme que les deux vont toujours ensemble.
Lorsqu’on te demande ton âge, m’a-t-il dit, réponds toujours que tu as dix-sept ans et que tu es folle. N’est-ce pas agréable de se promener à cette heure de la nuit ?
J’aime humer les choses, regarder les choses, et il m’arrive de rester toute la nuit debout, à marcher, et de regarder le soleil se lever. » Ils firent quelques pas en silence et elle déclara enfin, pensive : « Vous savez, je n’ai pas du tout peur de vous. » La phrase le surprit. « Pourquoi auriez-vous peur ?
— Tant de gens ont peur. Peur des pompiers, je veux dire. Mais vous n’êtes qu’un homme, après tout... » Il se vit dans les yeux de la jeune fille, suspendu au sein de deux gouttes d’eau claire étincelantes, sombre et minuscule, rendu dans les moindres détails, jusqu’aux plis aux commissures des lèvres, qui étaient là avec tout le reste, comme si ces yeux, fragments jumeaux d’ambre violet, avaient le pouvoir de l’emprisonner et de le conserver dans son intégralité. Son visage, désormais tourné vers lui, était un bloc de cristal laiteux, fragile, d’où sourdait une lueur douce et continue. Ce n’était pas la lumière hystérique de l’électricité mais... quoi ? La flamme étrangement reposante, rare et délicatement attentionnée de la bougie. Un jour, quand il était enfant, lors d’une panne d’électricité, sa mère avait trouvé et allumé une grande bougie et il avait connu une heure trop brève de redécouverte, d’illumination de l’espace telle que celui-ci perdait ses vastes dimensions et se resserrait douillettement autour d’eux, mère et fils, seuls, transformés, nourrissant l’espoir que le courant ne reviendrait pas trop vite...
