— Vous pensez trop, dit Montag, mal à l’aise.

— Je regarde rarement les murs-écrans et je ne vais guère aux courses ou dans les Parcs d’Attractions. Alors j’ai beaucoup de temps à consacrer aux idées biscornues, je crois. Vous avez vu les panneaux d’affichage de soixante mètres de long en dehors de la ville ? Saviez-vous qu’avant ils ne faisaient que six mètres de long ? Mais avec la vitesse croissante des voitures il a fallu étirer la publicité pour qu’elle puisse garder son effet.

— J’ignorais ça ! s’exclama Montag avec un rire sec.

— Je parie que je sais autre chose que vous ignorez.

Il y a de la rosée sur l’herbe le matin. » Voilà qu’il ne se rappelait plus s’il savait cela ou non, et il en éprouva une vive irritation.

« Et si vous regardez bien... » Elle leva la tête vers le ciel. « ... on distingue le visage d’un bonhomme dans la lune. » Il y avait longtemps qu’il n’avait pas regardé de ce côté-là.

Le reste du trajet se passa en silence, silence pensif pour elle, silence crispé et gêné pour lui, du fond duquel il lui lançait des regards accusateurs. Ils atteignirent la maison de Clarisse ; toutes les fenêtres étaient illuminées.

« Qu’est-ce qui se passe ? » Montag n’avait jamais vu une telle débauche d’éclairage dans une maison.

« Oh, simplement mon père, ma mère et mon oncle qui sont là en train de bavarder. C’est comme de se promener à pied, sauf que c’est plus rare. Mon oncle a été arrêté une autre fois — je ne vous ai pas raconté ? — parce qu’il allait à pied. Oh, nous sommes des gens très bizarres.



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