
Maintenant on observait Maigret.
— Assieds-toi ici, P’titLouis !… Fais pas l’imbécile !…
Et l’autre pouffait :
— T’offres un glass ?…Non !… C’est pas possible !… Permettez, hein ! lescopains ?… M. le commissaire me paie à boire ?… Du fil en six,Léon !…
— Tu étais à bord de l’Océan ?
Changement à vue. P’tit Louis serembrunit au point qu’on put croire que son ivresse disparaissait. Il recula unpeu, méfiant, sur la banquette.
— Et puis après ?…
— Rien… À ta santé… Il y alongtemps que tu es soûl ?…
— Il y a trois jours qu’on faitla foire… Depuis qu’on a débarqué, quoi !… J’ai donné mon argent à Léon…Neuf cents et des francs… Tant qu’il en reste !… Combien qu’il me reste,Léon, vieille fripouille ?…
— Sûrement pas de quoi payerdes tournées jusqu’au matin ! Dans les cinquante francs… Si ce n’est pasmalheureux, monsieur le commissaire ! Demain il n’aura plus un sou et ilsera obligé d’embarquer sur n’importe quel bateau, comme soutier… Et c’estchaque fois comme ça !… Remarquez que je ne le pousse pas à laconsommation !… Au contraire !…
— Ta gueule !…
Les autres avaient perdu leurentrain. Ils parlaient bas en se tournant sans cesse vers la table ducommissaire.
— Ils sont tous de l’Océan ?
— Sauf le gros en casquette quiest pilote et le rouquin qui est charpentier maritime…
— Raconte-moi ce qui s’estpassé.
— J’ai rien à dire.
— Attention, P’tit Louis !N’oublie pas le coup du portefeuille, quand tu faisais le mangeur de verre à laBastille.
— Ça ne me vaudra jamais quetrois mois et j’ai justement besoin de repos… Si le cœur vous en dit, on peut yaller tout de suite…
— Tu travaillais auxmachines ?
— Turellement ! Commetoujours ! J’étais second chauffeur !
— Tu voyais souvent lecapitaine ?
— Peut-être deux fois entout !
