
— Pas encore… Attends…
Ils sont maintenant seuls dans toutle bâtiment et pourtant ils continuent à parler bas. Ils ne se voient pas.Chacun sent qu’il est blême, qu’il a la peau tirée, les lèvres sèches.
— Si quelqu’un étaitresté ?
— Est-ce que j’ai eu peur quandil s’agissait du coffre de mon père ?
Delfosse est hargneux, quasimenaçant.
— Il n’y a peut-être rien dansle tiroir.
C’est comme un vertige. Chabot sesent plus malade que s’il avait trop bu. Maintenant qu’il a pénétré dans cettecave, il n’a plus le courage d’en sortir. Il serait capable de s’effondrer surles marches et d’éclater en sanglots.
— Allons-y !…
— Attends ! Il pourraitrevenir sur ses pas…
Cinq minutes passent. Puis encorecinq minutes, parce que Chabot essaie par tous les moyens de gagner du temps.Son soulier est délacé. Il le rattache, sans rien voir, parce qu’il a peur detomber et de déclencher un vacarme.
— Je te croyais moins lâche…Allons ! Passe…
Car Delfosse ne veut pas sortir lepremier. Il pousse son compagnon devant lui de ses mains qui tremblent. Laporte de la cave est ouverte. Un robinet coule dans le lavabo. Cela sent lesavon et le désinfectant.
Chabot sait que l’autre porte, cellequi ouvre sur la salle, va grincer. Il attend ce grincement. Et pourtant il ena le dos glacé.
Dans l’obscurité, c’est vaste commeune cathédrale. On sent un vide immense. Des bouffées de chaleur suintentencore des radiateurs.
— De la lumière !… souffleChabot.
Delfosse flambe une allumette. Ilss’arrêtent une seconde, pour reprendre haleine, pour mesurer le chemin àparcourir. Et soudain l’allumette tombe, tandis que Delfosse pousse un criperçant et qu’il s’élance vers la porte des lavabos. Dans le noir, il ne trouvepas. Il revient sur ses pas, heurte Chabot.
— Vite !… Partons !…
Ce sont plutôt des sons rauques.
