
— Tu crois qu’on pourraouvrir ?…
L’autre lui pinça le bras, pour lefaire taire. Ses doigts étaient tout froids.
Là-haut, le patron devait commencerà interroger l’horloge avec impatience. Quand il y avait du monde et del’entrain, il ne regardait pas trop à dépasser l’heure et à risquer les foudresde la police. Mais quand la salle était vide, il devenait soudain respectueuxdes règlements.
— Messieurs, on vafermer !… Il est deux heures !
Les jeunes gens, en bas,n’entendaient pas. Mais ils pouvaient deviner minute par minute tout ce qui sepassait. Victor encaissant, venant ensuite au bar faire ses comptes avec le patron,tandis que les musiciens remettaient les instruments dans les gaines et qu’onhabillait la grosse caisse d’une lustrine verte.
L’autre garçon, Joseph, entassantles chaises sur les tables et ramassant les cendriers.
— On ferme, messieurs !…Allons, Adèle !… Pressons-nous !…
Le patron était un Italien râblé,qui avait servi dans les bars et les hôtels de Cannes, de Nice, de Biarritz etde Paris.
Des pas, au lavabo. C’est lui quivient tirer le verrou de la petite porte accédant à la ruelle. Il donne un tourde clé, mais laisse celle-ci dans la serrure.
Ne va-t-il pas, machinalement,fermer la cave, ou bien y jeter un coup d’œil ? Il marque un temps d’arrêt.Il doit être occupé à rectifier devant la glace la raie de ses cheveux. Iltousse. La porte de la salle grince.
Dans cinq minutes, ce sera fini.L’Italien, resté le dernier, aura baissé les volets de la devanture et, de larue, fermera la dernière issue.
Or, il n’emporte jamais toute lacaisse. Il ne glisse dans son portefeuille que les billets de mille francs. Lereste est dans le tiroir du bar, un tiroir dont la serrure est si fragile qu’ilsuffit d’un bon canif pour la faire sauter.
Toutes les lampes sont éteintes.
— Viens !… murmure la voixde Delfosse.
