
GEORGES SIMENON
La Guinguette
à deux sous
Maigret XI
ARTHÈME FAYARD
I
Le samedi de M. Basso
Une fin d’après-midi radieuse. Unsoleil presque sirupeux dans les rues paisibles de la rive gauche. Et partout,sur les visages, dans les mille bruits familiers de la rue, de la joie devivre.
Il y a des jours ainsi, oùl’existence est moins quotidienne et où les passants sur les trottoirs, lestramways et les autos semblent jouer leur rôle dans une féerie.
C’était le 27 juin. QuandMaigret arriva à la poterne de la Santé, le factionnaire attendri regardait unpetit chat blanc qui jouait avec le chien de la crémière.
Il doit y avoir des jours aussi oùles pavés sont plus sonores. Les pas de Maigret résonnèrent dans la courimmense. Au bout d’un couloir, il interrogea un gardien.
— Il a appris ?…
— Pas encore.
Un tour de clé. Un verrou. Unecellule très haute, très propre, et un homme qui se levait tandis que sonvisage semblait chercher une expression.
— Ça va, Lenoir ?questionna le commissaire.
Celui-ci avait failli sourire. Maisune idée durcissait soudain ses traits. Ses sourcils se rapprochaient,soupçonneux. L’espace de quelques secondes, il esquissa une moue hargneuse,puis il haussa les épaules, tendit la main.
— Compris ! articula-t-il.
— Compris quoi ?
Un sourire désabusé.
— Ne la faites pas à moi,hein ! Si vous êtes ici…
— C’est que je pars demainmatin en vacances, et…
Le prisonnier rit, d’un rire sec.C’était un grand garçon aux cheveux bruns rejetés en arrière. Des traitsréguliers. De beaux yeux marron. De fines moustaches qui faisaient ressortir lablancheur de ses dents pointues comme celles de rongeurs.
— Vous êtes gentil, monsieur lecommissaire…
