
Il s’étira, bâilla, referma lecouvercle du W.-C. qui, dans un coin de la cellule, était resté ouvert.
— Faites pas attention audésordre…
Et soudain, le regard dans les yeuxde Maigret :
— Le pourvoi est rejeté, pasvrai ?
C’était inutile de mentir. Il avaitdéjà compris. Il marchait de long en large.
— J’avais pasd’illusion !… Alors ?… demain ?
Quand même, sur le dernier mot, lavoix se voila et les yeux cueillirent la lueur du jour qui filtrait d’unefenêtre étroite, très haut.
À la même heure, les journaux dusoir qu’on criait aux terrasses des cafés publiaient : « Le présidentde la République a rejeté le pourvoi de Jean Lenoir, le jeune chef de bande deBelleville. L’exécution aura lieu demain au lever du jour. »
C’est Maigret qui, trois mois plustôt, avait mis la main au collet de Lenoir, dans un hôtel de la rueSaint-Antoine. Une seconde de plus et la balle que l’assassin tirait dans sadirection l’atteignait en pleine poitrine au lieu de se perdre dans le plafond.
N’empêche que le commissaire s’étaitintéressé à lui, sans rancune. D’abord, peut-être, parce que Lenoir était jeune.Un garçon de vingt-quatre ans qui, depuis l’âge de quinze ans, collectionnaitles condamnations.
Puis parce qu’il était crâne. Ilavait des complices. Deux d’entre eux avaient été arrêtés le même jour que lui.Ils étaient aussi coupables et, dans la dernière affaire, l’attaque à mainarmée d’un encaisseur, sans doute avaient-ils pris une plus grande part que lechef.
Lenoir les déchargeait néanmoins,prenait tout à son compte, refusait de « manger le morceau ».
Il était sans pose, sansforfanterie. Il ne mettait pas sa déchéance sur le compte de la société.
— J’ai perdu !… secontentait-il de dire.
C’était fini. Ou plutôt, quand lesoleil qu’on voyait dorer un morceau du mur de la cellule se lèverait ànouveau, ce serait fini.
Lenoir eut malgré lui un gestesinistre. Tout en marchant, il se passa la main sur la nuque, frissonna, devintpâle, éprouva le besoin de ricaner :
