
— Allez au Vieux-Garçon !dit Maigret.
Il aperçut une grande terrasse, aubord de la Seine, des embarcations de toutes sortes, une dizaine de voituresrangées derrière le bâtiment.
— Je vous attends ?
— Je ne sais pas encore.
La première personne qu’il rencontrafut une femme tout en blanc qui courait et qui faillit lui tomber dans lesbras. Elle portait des fleurs d’oranger sur la tête. Un jeune homme en costumede bain la poursuivait. Tous deux riaient.
D’autres assistaient à la scène, duperron de l’auberge.
— N’abîme pas la mariée !…criait quelqu’un.
— Attends au moins lanoce !
La mariée s’arrêtait, essoufflée, etMaigret reconnaissait la dame de l’avenue Niel, celle qui, deux fois parsemaine, pénétrait avec M. Basso dans la maison meublée.
Dans un bachot peint en vert, unhomme rangeait des engins de pêche, le front plissé, comme s’il se fût livré àun travail délicat et pénible.
— Cinq pernods, cinq !
Un jeune homme sortait de l’auberge,du blanc gras et des fards sur le visage. Il s’était fait la tête d’un paysanboutonneux et hilare.
— Est-ce réussi ?
— Tu aurais dû avoir lescheveux roux !
Une auto arrivait. Des gens endescendaient, qui étaient déjà habillés pour la noce villageoise. Une femmeportait une robe en soie puce qui traînait par terre. Son mari avait mis lachaîne d’un bachot en guise de chaîne de montre sur son abdomen arrondi par uncoussin glissé sous le gilet.
Les rayons du soleil devenaientrouges. C’est à peine si le feuillage des arbres frémissait. Un canoë coulaitau fil de l’eau et son passager, demi-nu, couché à l’arrière, se contentait dele diriger d’une pagaie nonchalante.
— À quelle heure viennent leschars à bancs ?
Maigret ne savait pas trop où semettre.
— Les Basso sont arrivés ?
— Ils nous ont doublés sur laroute !
