Tout cela regorgeait de bonnehumeur. Des autos passaient, se dirigeant vers la campagne. À la Gare de Lyon,les trains dédoublés et triplés sifflaient éperdument.

Mme Basso s’assit près de son mari.Le gosse s’installa derrière, parmi les bagages, et baissa les vitres.

L’auto était sans luxe. Une bonnevoiture de série, bleu de roi, presque neuve.

Quelques minutes plus tard onroulait vers Villeneuve-Saint-Georges. Puis c’était la route de Corbeil. Ontraversait cette ville. Un chemin défoncé, le long de la Seine.

Mon loisir.

C’était le nom de la villa, là-bas,entre Morsang et Seineport, au bord du fleuve. Une villa neuve, avec desbriques éclatantes, des peintures fraîches, des fleurs qui semblaient avoir étélavées le matin.

Un plongeoir tout blanc, dans laSeine. Des canots.

— Vous connaissez lecoin ? demanda Maigret à son chauffeur.

— Un peu…

— Il y a moyen de coucherquelque part ?

— À Morsang, au Vieux-Garçon…Ou alors plus haut, à Seineport, chez Marius…

— Et la guinguette à deuxsous ?

L’autre fit un signe d’ignorance.

Le taxi ne pouvait rester longtempsau bord de la route sans être remarqué. La voiture des Basso était déjà vidéede son contenu. Dix minutes ne s’étaient pas écoulées que Mme Basso se montraitdans le jardin vêtue d’un costume de matelot en toile de Concarneau, un bonnetde marin américain sur la tête.

Son mari devait être plus presséd’essayer son travestissement, car il apparut à une fenêtre, déjà sanglé dansune redingote invraisemblable, coiffé d’un haut-de-forme.

— Qu’est-ce que tu endis ?

— Tu n’as pas oublié l’écharpe,au moins ?

— Quelle écharpe ?

— Eh bien ! un maire, çaporte une écharpe tricolore…

Sur le fleuve, des canoës glissaientlentement.

Un remorqueur sifflait, très loin.Le soleil commençait à sombrer dans les arbres de la colline d’aval.



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