
Au moment de sortir, son regardtomba sur le bord de son chapeau melon, qui était cassé depuis des semaines.Dix fois Mme Maigret lui avait dit d’en acheter un autre.
— On finira par te donner dessous dans la rue…
Boulevard Saint-Michel, il avisa unchapelier, commença à essayer des melons qui, tous, étaient trop petits pourson crâne.
— Je vous jure que celui-ci…s’obstinait à lui répéter un blanc-bec de vendeur.
Jamais Maigret n’était aussimalheureux que quand il essayait quelque chose. Or, dans le miroir où il seregardait, il aperçut un dos, une tête, et sur cette tête un chapeau haut deforme.
Comme le client portait un completde sport gris, c’était plutôt cocasse. Il parlait.
— Non !… Je voudrais unmodèle encore plus ancien… Ce n’est pas pour m’habiller…
Maigret attendait de nouveauxchapeaux qu’on était allé lui chercher dans l’arrière-magasin.
— Si vous voulez, c’est pourune farce… Une fausse noce, que nous organisons avec quelques amis, à laguinguette à deux sous… Il y aura la mariée, la belle-mère, les garçonsd’honneur, et tout !… Comme dans une noce villageoise !… Vous voyezmaintenant ce qu’il me faut ?… Moi, je fais le maire du village…
Le client disait cela avec un bonrire. C’était un homme de trente-cinq ans, bien en chair, les joues pleines etroses, qui donnait l’impression d’un commerçant prospère.
— Si vous en aviez par exempleà bord plat…
— Attendez ! Je crois qu’àl’atelier il y a exactement ce qu’il vous faut. C’est un laissé pour compte…
On apportait à Maigret une nouvellepile de melons. Le premier qu’il essaya lui allait. Mais il traîna, ne sortitque quelques instants avant l’homme au gibus et arrêta à tout hasard un taxi.
