
Bien lui en prit. L’autre, ensortant, pénétra dans une auto rangée au bord du trottoir, se mit au volant etse dirigea vers la rue Vieille-du-Temple.
Là, il passa une demi-heure chez unbrocanteur et emporta un grand carton plat qui devait contenir l’habit assortiau haut-de-forme.
Puis ce furent les Champs-Élysées,l’avenue de Wagram. Un petit bar, à un coin de rue. Il n’y resta que cinqminutes, en sortit en compagnie d’une femme d’une trentaine d’années,grassouillette et réjouie.
Deux fois Maigret avait regardél’heure à sa montre. Son premier train était parti. Le second partirait dans unquart d’heure. Il haussa les épaules, dit au chauffeur de taxi :
— Suivez toujours !
Il s’y attendait : l’autos’arrêta devant un meublé de l’avenue Niel. Le couple se précipita sous lavoûte. Maigret attendit un quart d’heure, entra, non sans lire sur une plaquede cuivre : Garçonnières au mois et à la journée.
Dans un bureau qui sentaitl’adultère, élégant, il trouva une gérante parfumée.
— Police judiciaire !… Lecouple qui vient d’entrer…
— Quel couple ?
Elle ne protesta pas longtemps.
— Des gens très bien, mariéstous les deux, qui viennent deux fois par semaine…
En sortant, le commissaire jeta uncoup d’œil sur la plaque d’identité de la voiture, à travers la vitre :Marcel Basso, 32, quai d’Austerlitz, Paris.
Pas un souffle de brise. Un airtiède. Et tous les tramways, tous les autobus se dirigeant vers les gares,bondés. Les taxis chargés de fauteuils transatlantiques, de cannes à pêche, defilets à crevettes et de valises.
L’asphalte bleu à force d’êtreluisant et des fracas de verres et de soucoupes à toutes les terrasses.
— Au fait ! il y a troissemaines que Lenoir a été…
On n’en avait pas beaucoup parlé.C’était une affaire banale, un assassin en quelque sorte professionnel.
Maigret se souvint de sa moustachefrémissante, soupira en regardant sa montre.
