Un geste vague d’homme du monde quirefuse une tasse de thé.

— Je vais en résumer lesgrandes lignes. Vous êtes arrivé en France, voilà trois ans, en compagnie devotre sœur Else. Vous avez vécu un mois à Paris. Vous avez loué ensuite unemaison de campagne sur la route nationale de Paris à Etampes, à trois kilomètresd’Arpajon, au lieu-dit Carrefour des Trois-Veuves.

Carl Andersen approuva d’un légersigne de tête.

— Depuis trois ans, vous vivezlà-bas dans l’isolement le plus strict, au point que les gens du pays n’ont pasvu cinq fois votre sœur. Aucun rapport avec vos voisins. Vous avez acheté unevoiture de 5 CV, d’un type démodé, dont vous vous servez pour faire vous-mêmevos provisions au marché d’Arpajon. Chaque mois, toujours avec cette voiture,vous venez à Paris.

— Livrer mes travaux à la MaisonDumas et Fils, rue du 4-Septembre, c’est exact !

— Travaux consistant enmaquettes pour des tissus d’ameublement. Chaque maquette vous est payée cinqcents francs. Vous en produisez en moyenne quatre par mois, soit deux millefrancs…

Nouveau signe approbateur.

— Vous n’avez pas d’amis. Votresœur n’a pas d’amies. Samedi soir, vous vous êtes couché comme d’habitude,aussi vous avez enfermé votre sœur dans sa chambre, voisine de la vôtre. Vousexpliquez cela en prétendant qu’elle est très peureuse… passons !… A septheures du matin, le dimanche, M. Emile Michonnet, agent d’assurances, quihabite un pavillon à cent mètres de chez vous, pénètre dans son garage ets’aperçoit que sa voiture, une six cylindres neuve, d’une marque connue, a disparuet a été remplacée par votre tacot…

Andersen ne bougea pas, eut un gestemachinal vers sa poche vide, où devaient se trouver généralement descigarettes.

— M. Michonnet, qui, depuisquelques jours, ne parlait dans tout le pays que de sa nouvelle auto, croit àune mauvaise plaisanterie. Il se rend chez vous, trouve la grille fermée et



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