
Le commissaire avait les paupièresun peu rouges, parce qu’il avait trop peu dormi.
— Vous avez vu la sœur ?
— Non ! Quand on m’a amenéAndersen, la jeune fille avait déjà été reconduite chez elle par lagendarmerie, qui voulait l’interroger sur les lieux. Elle est restée là-bas. Onla surveille.
Ils se serrèrent la main. Maigretregagna son bureau, où Lucas observait mollement le prisonnier, qui avait colléson front à la vitre et qui attendait sans impatience.
— Vous êtes libre !articula-t-il dès la porte.
Andersen ne tressaillit pas, maisesquissa un geste versson cou nu, vers ses chaussures bâillantes.
— On vous rendra vos effets augreffe. Bien entendu, vous restez à la disposition de la Justice. A la moindretentative de fuite, je vous fais conduire à la Santé.
— Ma sœur ?…
— Vous la retrouverez chez vous…
Le Danois dut quand même ressentirune émotion en franchissant le seuil, car il retira son monocle, se passa lamain sur l’œil perdu.
— Je vous remercie,commissaire.
— Il n’y a pas de quoi !
— Je vous donne ma paroled’honneur que je suis innocent…
— Je ne vous demanderien !
Andersen s’inclina, attendit queLucas voulût bien le piloter vers le greffe.
Quelqu’un s’était levé, dansl’antichambre, avait assisté à cette scène avec une stupéfaction indignée et seprécipitait vers Maigret.
— Alors ?… Vous lerelâchez ?… Ce n’est pas possible, commissaire…
C’était M. Michonnet, agentd’assurances, le propriétaire de la six cylindres neuve. Il entra d’autoritédans le bureau, posa son chapeau sur une table.
