
— Je viens, avant tout, ausujet de la voiture.
Un petit personnage grisonnant, vêtuavec une recherche maladroite, redressant sans cesse les pointes de sesmoustaches cosmétiquées.
Il parlait en allongeant les lèvres,en esquissant des gestes qu’il voulait catégoriques, en choisissant ses mots.
Il était le plaignant ! Ilétait celui que la Justice doit protéger ! N’était-il pas une manière dehéros ?
Il ne se laissait pas impressionner,lui ! La Préfecture tout entière était là pour l’écouter.
— J’ai eu un long entretien,cette nuit, avec Mme Michonnet, dont vous ferez bientôt la connaissance, jel’espère… Elle est de mon avis… Remarquez que son père était professeur aulycée de Montpellier et que sa mère donnait des leçons de piano… Si je vous discela… Bref…
C’était son mot favori. Il leprononçait d’une façon à la fois tranchante et condescendante.
— Bref, il est nécessairequ’une décision soit prise dans le plus court délai… Comme chacun, comme lesplus riches, y compris le comte d’Avrainville, j’ai acheté la nouvelle voitureà tempérament… J’ai signé dix-huit traites… Remarquez que j’aurais pu payercomptant, mais il est inutile d’immobiliser des capitaux… Le comted’Avrainville, dont je viens de vous parler, a fait de même pour son Hispano… Bref…
Maigret ne bougeait pas, respiraitavec force.
— Je ne puis me passer d’unevoiture, qui m’est strictement nécessaire pour l’exercice de ma profession.Pensez que mon rayon s’étend à trente kilomètres d’Arpajon… Or, Mme Michonnetest de mon avis… Nous ne voulons plus d’une auto dans laquelle un homme a ététué… C’est à la Justice de faire le nécessaire, de nous procurer une voitureneuve, du même type que la précédente, à cette différence près que je lachoisirai lie-de-vin, ce qui ne change rien au prix…
» Remarquez que la mienne étaitrodée et que je serai obligé de…
