— Le corps de Goldberg ?…

— A l’amphithéâtre d’Arpajon…

Maigret rentra chez lui, boulevardRichard-Lenoir.

— Tu as l’air fatigué !lui dit simplement sa femme.

— Prépare une valise avec uncomplet, des chaussures de rechange.

— Tu pars pour longtemps ?…

Il y avait un fricot sur le feu.Dans la chambre à coucher, la fenêtre était ouverte, le lit défait afin d’aérerles draps. Mme Maigret n’avait pas encore eu le temps d’enlever les épinglesqui retenaient ses cheveux en petites boules dures.

— Au revoir…

Il l’embrassa. Au moment où ilsortait, elle remarqua :

— Tu ouvres la porte de la maindroite…

C’était contre son habitude. Ill’ouvrait toujours de la gauche. Et Mme Maigret ne se cachait pas d’êtresuperstitieuse.

— Qu’est-ce que c’est ?…Une bande ?…

— Je l’ignore.

— Tu vas loin ?

— Je ne sais pas encore.

— Tu feras attention,dis ?…

Mais il descendait l’escalier, seretournait à peine pour lui adresser un signe de la main. Sur le boulevard, ilhéla un taxi.

— A la gare d’Orsay… Ou plutôt…Combien vaut la course jusqu’à Arpajon ?… Trois cents francs, avec leretour ?… En route !…

Cela lui arrivait rarement. Mais ilétait harassé. Il avait peine à chasser le sommeil qui faisait picoter sespaupières.

Et puis peut-être était-il un peuimpressionné ? Non pas tant à cause de cette porte qu’il avait ouverte dela main droite. Pas non plus à cause de cette extravagante histoire de voiturevolée à Michonnet et qu’on retrouvait avec un mort au volant dans le garaged’Andersen.

C’était plutôt la personnalité de cedernier qui le chiffonnait.

Dix-sept heures degrilling !

Des bandits éprouvés, des lascarsayant traîné dans tous les postes de police d’Europe n’avaient pas résisté àcette épreuve.

Peut-être même était-ce pour celaque Maigret avait relâché Andersen !



9 из 108