
Rien que le gémissement du 10 !
Et le 11, d’un mouvementspasmodique, tirait sur ses doigts, frissonnait par deux fois avant de tâter laporte.
La cellule était éclairée, commec’est la règle au quartier de la grande surveillance. Normalement, un gardiendevait se tenir dans le couloir, ouvrir d’heure en heure les guichets des cinqcondamnés à mort.
Les mains du 11 caressèrent laserrure d’un geste qu’un paroxysme d’angoisse rendait solennel.
La porte s’ouvrit. La chaise dugeôlier était là, sans personne.
Alors l’homme se mit à marcher trèsvite, plié en deux, pris de vertige. Son visage était d’un blanc mat et seulesles paupières de ses yeux verdâtres étaient teintées de rouge.
Trois fois il fit demi-tour, parcequ’il s’était trompé de chemin et qu’il se heurtait à des portes closes.
Au fond d’un couloir, il entenditdes voix : des gardiens fumaient et parlaient haut dans un corps de garde.
Enfin il fut dans une cour oùl’obscurité était trouée de loin en loin par le cercle lumineux d’une lampe. Acent mètres de lui, devant la poterne, un factionnaire battait la semelle.
Ailleurs, une fenêtre était éclairéeet on distinguait un homme, la pipe à la bouche, penché sur un bureau couvert depaperasses.
Le 11 eût voulu relire le billetqu’il avait trouvé trois jours plus tôt collé au fond de sa gamelle, mais ill’avait mâché et avalé, comme l’expéditeur lui recommandait de le faire. Et,alors qu’une heure auparavant, il en connaissait encore les termes par cœur, ily avait maintenant des passages qu’il était incapable de se rappeler avecprécision.
Le 15 octobre, à deux heures dumatin, la porte de ta cellule sera ouverte et le geôlier occupé ailleurs. Si tusuis le chemin ci-dessous tracé…
L’homme passa sur son front une mainbrûlante, regarda avec terreur les ronds de lumière, faillit crier en entendantdes pas. Mais c’était au-delà du mur, dans la rue.
