— Continue…

Maigret, la bouche pleine, semblaitplus serein.

— Nous sommes arrivés à Montparnasse… Les grands cafés étaient fermés…Mais il y avait encore des boîtes ouvertes… Je me souviens qu’il s’est arrêtédevant l’une d’elles, dont, du dehors, on entendait le jazz… Une petitemarchande s’est approchée de lui avec son panier de fleurs et il est reparti…

— Dans quelle direction ?

— Plutôt dans aucune ! Il a suivi le boulevard Raspail ; il estrevenu sur ses pas par une rue transversale et il est retombé devant la gareMontparnasse…

— Quel air avait-il ?

— Pas d’air ! Le même qu’à l’instruction, qu’aux assises… Tout pâle…Et un regard flou, apeuré… Je ne peux pas vous dire… Une demi-heure après, nousétions aux Halles…

— Et personne ne lui avait adressé la parole ?

— Personne !

— Il n’avait jeté aucun billet dans une boîte aux lettres ?

— Je vous jure, patron ! Janvier suivait un trottoir, moi l’autre…On n’a pas perdu un seul de ses mouvements… Tenez ! Il s’est arrêté uneseconde devant un étal où l’on vend des saucisses chaudes et des pommes frites…Il a hésité… Il est reparti, peut-être parce qu’il avait aperçu un agent enuniforme…

— Il ne t’a pas semblé qu’il cherchait une adresse quelconque ?

— Rien du tout ! On l’aurait plutôt pris pour un homme soûl qui vaoù Dieu le pousse… On a retrouvé la Seine place de la Concorde. Et alors, ils’est mis en tête de la suivre… Deux ou trois fois il s’est assis…

— Sur quoi ?

— Une fois sur le parapet de pierre… Une autre fois sur un banc… Jen’oserais pas le jurer, mais je pense que cette fois-ci il a pleuré… En toutcas il avait la tête dans les mains…



8 из 115