Et l’homme au chapeau melon avise unseuil de deux marches, s’y abrite, se penche. Une lueur tremble, très brève. Lefumeur vacille, se raccroche au bouton de la porte.

Est-ce que le douanier n’a pas perçuun bruit étranger à la tempête ? Il n’en est pas sûr. Il rit d’abord envoyant le noctambule perdre l’équilibre, faire plusieurs pas en arrière,tellement penché que la pose en est incroyable.

Il s’étale sur le sol, au bord dutrottoir, la tête dans la boue du ruisseau. Le douanier se frappe les mains surles flancs pour les réchauffer, observe avec humeur le foc dont les claquementsl’irritent.

Une minute, deux minutes passent.Nouveau coup d’œil à l’ivrogne, qui n’a pas bougé. Par contre un chien, venu onne sait d’où, est là, qui le renifle.

— C’est seulement à ce momentque j’ai eu la sensation qu’il s’était passé quelque chose ! dira ledouanier, au cours de l’enquête.

Les allées et venues qui succédèrentà cette scène sont plus difficiles à établir dans un ordre chronologiquerigoureux. Le douanier s’avance vers l’homme couché, peu rassuré par la présencedu chien, une grosse bête jaune et hargneuse. Il y a un bec de gaz à huitmètres. D’abord le fonctionnaire ne voit rien d’anormal. Puis il remarque qu’ily a un trou dans le pardessus de l’ivrogne et que de ce trou sort un liquideépais.

Alors il court à l’Hôtel del’Amiral. Le café est presque vide. Accoudée à la caisse, une fille de salle.Près d’une table de marbre, deux hommes achèvent leur cigare, renversés enarrière, jambes étendues.

— Vite !… Un crime… Je nesais pas…

Le douanier se retourne. Le chienjaune est entré sur ses talons et s’est couché aux pieds de la fille de salle.

Il y a du flottement, un vagueeffroi dans l’air.

— Votre ami, qui vient desortir…

Quelques instants plus tard, ilssont trois à se pencher sur le corps, qui n’a pas changé de place. La mairie,où se trouve le poste de police, est à deux pas. Le douanier préfère s’agiter.Il s’y précipite, haletant, puis se suspend à la sonnette d’un médecin.



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