A onze heures et demie, l’hommepénétrait dans un hôtel d’une ruelle dont le commissaire ne parvint pas à voirle nom. Il en ressortait un peu plus tard et prenait, à la gare du Nord, letrain d’Amsterdam.

Cette fois le policier hésita.Peut-être l’impression d’avoir déjà vu cette tête quelque part influa-t-ellesur sa décision ?

— Ce n’est, sans doute, qu’uneaffaire de rien du tout !… Mais si c’était une affaire importante ?…

Rien ne l’appelait d’urgence àParis. A la frontière hollandaise, il fut frappé par le fait que l’homme, avecune adresse qui révélait l’habitude de ces sortes d’exercices, hissait savalise sur le toit du wagon avant d’arriver au poste de douane.

— On verra bien quand ils’arrêtera quelque part !…

Seulement, il ne s’arrêta pas àAmsterdam, où il se contenta de prendre un billet de troisième classe pourBrème. Et ce fut la traversée de la plaine hollandaise, avec ses canauxsillonnés de bateaux à voiles qui semblaient voguer en plein champ.

Neuschanz… Brême…

Maigret, à tout hasard, avait opéréla substitution des valises. Des heures durant, il avait cherché en vain àclasser l’individu dans une des catégories connues de la police.

— Trop nerveux pour unvéritable bandit international ! Ou alors, ce n’est qu’un comparse quifera prendre ses chefs !… Un conspirateur ?… Un anarchiste ?… Ilne parle que le français et il n’y a guère de conspirateurs en France, ni mêmed’anarchistes militants !… Un petit escroc solitaire ?…

Un escroc eût-il vécu si pauvrementaprès avoir expédié trente billets de mille francs dans un simple papiergris ?

L’homme ne buvait pas d’alcool, secontentait, aux gares où l’attente était longue, d’avaler du café et parfois unpetit pain ou une brioche.

Il ne connaissait pas la ligne, caril s’informait à chaque instant, s’inquiétait de savoir s’il était dans la bonnedirection, s’inquiétait même avec exagération.



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