Il ignorait l’heure des trains.Comme il arrivait à la Gare de Lyon, on lui dit qu’un omnibus partait àl’instant ; il se mit à courir et eut juste le temps de se jeter dans ledernier wagon.

Cela suffit à le mettre en nage. Ilpassa le reste du voyage à reprendre sa respiration et à s’éponger, car ilétait corpulent.

A Saint-Fargeau, il fut le seulvoyageur à descendre et il dut errer plusieurs minutes sur le bitume amolli duquai avant de dénicher un employé.

— M. Gallet ?… Tout aubout de l’allée centrale du lotissement… Il y a une plaque sur la villa et ilest écrit Les Marguerites… D’ailleurs, c’est à peu près la seuleconstruction achevée…

Maigret retira son veston, glissa unmouchoir sous son chapeau melon afin de protéger sa nuque, car l’allée en questionavait dans les deux cents mètres de large et n’était praticable qu’en sonmilieu, où il n’y avait pas la moindre tache d’ombre.

Le soleil était d’une triste couleurde cuivre. Les mouches piquaient rageusement, annonçant l’orage.

Pas une âme pour égayer le décor etrenseigner le voyageur.

Le lotissement n’était pas autrechose qu’une vaste forêt qui avait dû faire partie d’un domaine seigneurial. Ons’était contenté d’y tracer un réseau d’allées géométriques, comme à coups detondeuse, et d’y faire courir les câbles électriques qui alimenteraient enlumière les futures villas.

En face de la gare, cependant, unsquare était aménagé, avec vasques de mosaïque et jets d’eau. Sur une baraqueen planches on lisait : Bureau de vente des terrains. Et à côtéfigurait un plan où ces allées désertes avaient déjà des noms d’hommespolitiques et de généraux.

Tous les cinquante mètres, Maigretretirait son mouchoir pour s’éponger, puis le remettait sur sa nuque quicommençait à rissoler.



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