
— Est-ceque je peux commencer à encaustiquer, madame ?
— Naturellement !Pourquoi pas ?
La domestique disparut dans la salleà manger voisine et on l’entendit bientôt étendre la cire, agenouillée sur leplancher, tandis qu’une vivifiante odeur de térébenthine se répandait dans lamaison.
Sur tous les meubles du salon, il yavait de la broderie. Au mur, le portrait agrandi d’un gamin long et maigre,aux genoux saillants, au visage antipathique, en costume de première communion.
Sur le piano, une photographie pluspetite représentant un homme aux cheveux drus, à la barbiche poivre et sel, quiportait une jaquette dont les épaules étaient mal coupées.
L’ovale de son visage était aussiallongé que celui du gamin. Un autre détail choquait et Maigret mit quelquesinstants à comprendre que c’étaient les lèvres qui coupaient presque la figureen deux et qui étaient d’une minceur anormale.
— Votremari ?
— Monmari, oui ! J’attends de savoir ce que la police vient faire ici…
Pendant la conversation qui suivit,Maigret devait reporter souvent son regard sur le portrait et ce fut àproprement parler sa première prise de contact avec le mort.
— J’ai unemauvaise nouvelle à vous annoncer, madame… Votre mari est en voyage, n’est-cepas ?
— Ehbien ! Parlez… Est-ce que…
— Unaccident est arrivé, oui… Pas tout à fait un accident… Je vous demande d’êtrecourageuse…
Elle se tenait toute droite devantlui, la main posée sur un guéridon qui supportait un faux bronze. Son visageétait dur, méfiant, et il n’y avait que ses doigts grassouillets à s’agiter.Pourquoi Maigret fit-il la réflexion qu’elle avait certainement été mince,peut-être même très mince, pendant la première moitié de sa vie, et qu’elle nes’était empâtée qu’avec l’âge ?
— Votremari a été assassiné à Sancerre, pendant la nuit du 25 au 26… C’est à moi querevient la tâche pénible de…
