
« Mon beau-frère, écrit Jacques Vendroux, me confie, avec plus de pessimisme qu’il n’en laisse paraître de coutume, qu’il est vraiment fort inquiet du proche avenir : la veulerie des politiciens, qu’ils soient alliés ou français, permet à Hitler de reconstituer dans un esprit de revanche une force militaire de plus en plus moderne et forte…
« La France aura d’autant moins les moyens de se défendre qu’elle sera pratiquement seule à supporter le premier choc : les Anglais ne sont pas prêts, on n’est pas du tout sûr de pouvoir compter sur les Russes ; quant aux Américains, toujours temporisateurs, ils resteront d’abord des spectateurs, complaisants il est vrai ; notre territoire sera sans doute une fois de plus envahi, quelques jours peuvent suffire pour atteindre Paris.
« Il faudra donc ensuite repartir de la Bretagne ou des massifs montagneux, voire de l’Algérie et lutter pendant de longs mois pour aboutir avec nos alliés à une victoire finale. Mais au prix de quels sacrifices ! »
Un an plus tard, en novembre 1938, un mois après les accords de Munich, de Gaulle écrit :
« Nous sommes, nous, la France, au bord de l’abîme. »
Le 3 septembre 1939, la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l’Allemagne.
Une « drôle de guerre » commence, vingt-cinq ans après le début de la Première Guerre mondiale en août 1914.
PREMIÈRE PARTIE
Janvier 1940
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9 mai 1940
« … Dans tous les partis, dans la presse, dans l’administration, dans les affaires, dans les syndicats, des noyaux très influents sont ouvertement acquis à l’idée de cesser la guerre… »
Charles DE GAULLE
Janvier 1940
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