
Et que l’Europe, l’étal de cette boucherie de quatre années, n’en sortirait pas apaisée, mais lourde de nouveaux affrontements, d’une Deuxième Guerre mondiale qui éclaterait en septembre 1939, à peine vingt-cinq années plus tard.
Les anciens combattants de 1914-1918 auraient à peine quarante-cinq ans.
Des millions d’entre eux seraient de nouveau mobilisés.
Ils avaient cru que la Première Guerre mondiale serait, comme ils l’espéraient, la « der des der », et voilà qu’on leur distribuait uniformes, casques, armes, et qu’ils marchaient au pas aux côtés de leurs fils !
Ils défilaient devant les monuments aux morts de leurs villes et de leurs villages, sur lesquels les noms de leurs camarades, tombés à Verdun, au Chemin des Dames, sur les bords de la Baltique ou sur les rives de la Vistule, s’entassaient comme des corps dans une fosse commune européenne.
Eux ne les avaient pas oubliés, ces camarades enfouis dans la boue des tranchées.
Mais les gouvernants n’en parlaient plus ou alors ils les invoquaient pour justifier la nouvelle guerre. Mais eux, les anciens combattants de la Première Guerre mondiale, ils marchaient sans enthousiasme, comme dans un cauchemar. Il fallait donc « remettre ça », la guerre, le massacre. Ils songeaient à ces camarades tombés dans des offensives inutiles puisque tout recommençait :
Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri[1].
Et pourtant, au mois de novembre 1918, quand le lundi 11 avait retenti le clairon de l’armistice, ils avaient hurlé, comme si enfin ils étaient libérés de cette angoisse qui depuis quatre ans les avait habités chaque jour.
