
Les rues et les places de Paris, de Londres, avaient été envahies par une foule en liesse.
On chantait, on dansait, on s’embrassait. La paix était là, et à Paris, à Londres, elle était victorieuse. On entourait les soldats des États-Unis venus par centaines de milliers livrer en France les derniers combats contre l’Allemagne qui avait enfin capitulé.
On oubliait l’amertume des combattants allemands, on ignorait celle d’un caporal décoré de la croix de fer de première classe, Adolf Hitler, et de millions de ses camarades humiliés et rageurs.
Ils avaient combattu sur le sol français. Jamais ils n’avaient vu leur patrie souillée par l’ennemi et voilà qu’ils étaient vaincus !
Ils pensaient trahison et déjà revanche.
Certains créaient, alors qu’on n’avait pas encore signé la paix (elle le serait à Versailles, en 1919), des Freikorps, des corps francs, qui allaient combattre pour empêcher qu’on arrachât à l’Empire allemand vaincu les terres colonisées jadis par les chevaliers Teutoniques.
La France victorieuse dessinait les frontières : les populations allemandes des Sudètes devenaient tchécoslovaques, citoyennes de ce nouveau pays, la Tchécoslovaquie, que la diplomatie française faisait surgir des ruines de l’Empire austro-hongrois.
À Vienne, on regrettait déjà la splendeur impériale, on acceptait mal de n’être que l’Autriche, et non plus l’empire des Habsbourg. Et certains regardaient vers Berlin.
Mais comment résister ? Les Français vainqueurs imposaient le Diktat de Versailles.
On ouvrait un « corridor » en terre allemande, pour que la Pologne pût accéder à la mer Baltique. Et tant pis si la ville allemande de Dantzig se trouvait devenir une enclave germanique, isolée en territoire polonais.
La joie régnait à Londres et à Paris, mais la violence surgissait à Berlin, à Vienne, dans toutes les villes de Russie, entraînées dans la guerre civile qui depuis la révolution de novembre 1917 embrasait ce qui n’était plus l’empire des tsars mais le pays des soviets, là où, par la terreur déjà, s’enracinait ce que Lénine et les siens, Trotski, Staline appelaient le « socialisme ».
