Il fallait le détruire à tout prix. Il attisait le feu, n’hésitant pas à plonger ses mains dans les flammes, à remettre dans le foyer les pages à demi consumées.

Et tout à coup ces voix, ces deux silhouettes d’hommes armés de fusils les pointant en direction de Reinberger, criant qu’ils étaient des gardes-frontières.

Ils exigeaient des officiers allemands qu’ils s’écartent du feu, et cependant que l’un d’eux tenait les Allemands en joue, l’autre garde-frontière piétinait les flammes, ramassait les morceaux de papier calcinés, s’emparait d’un geste brutal de la sacoche de Reinberger, puis forçait les Allemands à marcher vers le village.

Dans le petit poste de garde, un officier belge étale les plans, les feuillets, sur une table, et Reinberger profite d’un instant de distraction pour s’emparer des papiers, les jeter dans le poêle. L’officier belge les arrache aux flammes, maîtrise Reinberger qui tente de prendre le revolver du Belge, crie qu’il veut se suicider. Il est coupable vis-à-vis du Reich, dit-il aux Belges. Il a commis « une faute impardonnable ».

Puis son corps s’affaisse, il prend sa tête à deux mains, se laisse conduire vers la voiture qui doit emmener les deux Allemands à Bruxelles où ils vont être interrogés par les officiers de renseignements, qui examineront ce qui reste du plan opérationnel.

« J’ai tout détruit », dit Reinberger au diplomate allemand qui vient chercher les deux officiers. Ils ne sont accusés que d’un atterrissage forcé dû à une panne de moteur et à une erreur de navigation.

Mais à Bruxelles, à Paris, à Londres, à La Haye, à Berlin, dans les réunions des Comités de guerre, dans les états-majors, les ambassades, l’orage se déchaîne.

Ainsi, s’indigne-t-on, en Belgique, aux Pays-Bas, les Allemands préparent l’invasion des deux États neutres.



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