En octobre 1936, le roi des Belges Léopold III a réaffirmé la neutralité de son pays. Faut-il devancer l’attaque allemande dont les plans laissent penser qu’elle se déchaînera bientôt ? Faut-il ouvrir les frontières aux divisions françaises et britanniques ?

Le Premier lord de l’Amirauté, Churchill, s’emporte devant les atermoiements des Belges.

« Leur politique est indéfendable », s’écrie-t-il.

À Paris, Daladier, le président du Conseil, est plus sévère. Il confie, quand il apprend que, l’alerte passée, le roi des Belges renvoie le général qui a fait lever les barrières afin que les Français puissent avancer : « Léopold III est germanophile. Si la France veut attaquer les Allemands en passant par la Belgique, les Belges nous tireront dessus. »

À Berlin, à la Chancellerie du Reich, Goering enrage, il veut sévir contre les deux officiers de la Luftwaffe.

Goebbels a le visage parcouru par des tics.

Himmler marmonne qu’il y a autour du chef des services de renseignements allemands, l’amiral Canaris, des ennemis du Führer qui ont peut-être organisé cet « accident » afin d’avertir les neutres, les Français et les Anglais, rendant ainsi l’offensive impossible.

Et à Paris, dans l’entourage de Daladier et du général en chef Gamelin, mais aussi à Londres – et Churchill lui-même –, on se demande s’il ne s’agit pas d’un piège tendu par Hitler, pour bouleverser les plans français et anglais et créer des conflits avec la Belgique et les Pays-Bas, si les troupes alliées forcent la frontière belge pour se porter au-devant de l’ennemi allemand.

Puis la tension retombe. L’offensive allemande qui paraissait imminente – le nonce apostolique à Bruxelles l’avait confirmé – ne se déclenche ni le 13 janvier ni le 14, ni le 17, alors que ces dates avaient été avancées par différentes sources. « La Belgique vient de nous faire connaître, communique le général Gamelin à Daladier, qu’elle ne pouvait plus prendre la responsabilité de nous appeler. »



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