Mais le gouvernement français et ses généraux continuent de mettre sur pied des bombardements sur les puits de pétrole de la région de Bakou.

Et comme si ces divagations ne suffisaient pas, le gouvernement d’union nationale se fissure, l’opposition entre Édouard Daladier et Paul Reynaud mobilise toutes les énergies. Reynaud s’avance en candidat à la succession à la tête du gouvernement.

« Daladier a plus mauvais état d’esprit que jamais, confie Paul Reynaud. Gamelin est ravi de n’avoir pas à prendre de responsabilités. Jean Giraudoux – l’écrivain, chargé de l’information – n’y comprend rien et le moral du pays, celui des soldats surtout, est corrodé par la propagande nazie, sans qu’on oppose d’antidote à ce mal. Si cela doit continuer comme ça, nous nous réveillerons un matin en face d’une brutale initiative de Hitler qui aboutira avant que nous ne puissions tenter un semblant de résistance, il faudrait des chefs. »

Reynaud pense naturellement à lui. Sa maîtresse, la comtesse Hélène de Portes, intrigue, intervient dans les débats politiques, sape l’autorité de Daladier.

Celui-ci est défendu avec acharnement par la marquise de Crussol, « gracieuse et belle, blonde et jeune d’apparence ». Elle tient salon, elle domine Daladier, veuf, que cette jeune femme brillante fascine.

Quant à Reynaud, il ne peut contenir l’énergie et l’ambition de la comtesse Hélène de Portes. Il est deux fois plus âgé et elle le mène là où elle veut, occupant son bureau de ministre, donnant des ordres aux membres du cabinet.

Ainsi, alors que la tragédie menace, que la barbarie déferle déjà à l’est de l’Europe, c’est un vaudeville qui se joue à Paris, dans les palais gouvernementaux.

Daladier, sentant sa majorité parlementaire se déliter, demande, le 20 mars, un vote de confiance.



34 из 268