
Au printemps de 1940, quand l’attention est tout entière tournée vers le front ouest, là où doit se déclencher l’offensive de Hitler, Frank dit en riant qu’il n’a pu détruire « tous les poux et tous les Juifs » en quelques mois, mais qu’il va redoubler d’efforts, parce que le Führer a dit : « Les hommes capables de diriger en Pologne doivent être liquidés. Ceux qui les suivent doivent être supprimés à leur tour. Il est inutile d’imposer ce fardeau au Reich, absolument inutile d’envoyer ces éléments dans les camps de concentration du Reich. »
« Mes chers camarades, poursuit Frank, en ce qui concerne les Juifs, je veux vous dire bien franchement qu’il faut s’en débarrasser d’une façon ou d’une autre… Je dois vous demander, chers camarades, de vous défaire de tout sentiment de pitié. Nous devons anéantir les Juifs. »
Plus de un million de Polonais et 500 000 Juifs sont chassés de leurs maisons, expédiés à l’est de la Vistule.
Dès le 21 février 1940, l’Oberführer SS Richard Glücks, chef de la surveillance des camps de concentration, informe Himmler qu’il a trouvé un « coin convenable » pour un nouveau « camp de quarantaine ». Il est situé à Auschwitz, une ville de 12 000 habitants perdue dans les marais et où se dressent, en plus de quelques usines, d’anciens baraquements d’une unité de cavalerie autrichienne.
Les travaux commencent aussitôt.
À Londres, à Paris, on ignore cette réalité « apocalyptique ».
On est sous le coup de la signature de la paix entre la Finlande et l’URSS.
On s’accroche à l’idée qu’il faut intervenir en Norvège et au Danemark, en dépit du refus de ces deux pays neutres d’accueillir les « alliés ».
On craint que les Allemands ne prennent l’initiative.
La Royal Air Force repère des concentrations de navires allemands en Baltique. De diverses sources, on apprend que le 1er mars Hitler a publié une directive ultrasecrète. « La situation, écrit-il, exige d’effectuer tous les préparatifs en vue de l’occupation du Danemark et de la Norvège. » Et il confirme que l’attaque débutera le 9 avril.
