« C’est Pétain qu’il nous faut », répète-t-on. « Hier, grand soldat. Aujourd’hui grand diplomate. Et demain ? » peut-on lire dans un petit fascicule illustré de photos du Maréchal et distribué à des millions d’exemplaires.

Dans les mois qui ont précédé la guerre, Paul Reynaud a été poursuivi par la haine de ceux qui approuvaient Charles Maurras, le leader monarchiste qui, dans son journal L’Action française, fustigeait « Mandel, Blum et Reynaud ».

Ainsi, cible de l’extrême droite, du centre et d’une partie des radicaux, Paul Reynaud peine à réunir une majorité. Il lui faut nommer Daladier ministre de la Guerre et conserver Gamelin.

La séance d’investiture du 22 mars ne peut donc être qu’une épreuve.

De Gaulle est assis dans les tribunes du public en compagnie de Dominique Leca, un collaborateur de Reynaud.

Les députés murmurent dès que Reynaud a commencé à parler de sa voix haut perchée.

On l’interrompt quand il dit : « L’enjeu de cette guerre totale est un enjeu total. Vaincre c’est tout sauver. Succomber c’est perdre tout. »

Ces phrases, de Gaulle les connaît par cœur puisqu’il a inspiré sinon écrit le bref discours d’investiture de Reynaud qui poursuit : « Nous tiendrons les dents serrées avec au fond du cœur la volonté de combattre et la certitude de vaincre. »

Ricanements dans l’hémicycle !

« Séance affreuse », commente de Gaulle.

Seul Léon Blum prononce une allocution noble et forte, digne du moment que l’on vit, avec la guerre dont chacun devrait sentir qu’elle va changer de visage.

On vote : 268 voix – dont 153 socialistes – pour Reynaud, contre 156 et 111 abstentions !



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