Il lui semble parfois qu’il souffre pour elle et par elleautant que lorsqu’il songe à sa fille Anne, enfermée dans la gangue de sa nuitintime.

C’est à lui, de Gaulle, qu’est échu le destin de tout fairepour les arracher l’une et l’autre à cette souffrance. Il n’est pas d’autrestâches pour lui.

Il doit donner à l’une et à l’autre toutes ses forces, sonamour. Au fond de lui, il sait qu’il ne peut apporter à Anne que de brefsinstants de délivrance, alors qu’il peut faire en sorte que la France soitassise, un jour, à la table des vainqueurs.

Dèsle mois de juillet 1940, de Gaulle a pensé que ces vainqueurs ne pourraientêtre l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. Le monde, les nationsdémocratiques, les peuples n’accepteraient jamais de se soumettre à ces forcesde régression incarnées par Hitler et Mussolini.

Les États-Unis entreraient un jour dans la guerre contre l’Allemagnemême si pour l’heure 80 % des Américains souhaitaient demeurer en dehorsdu conflit. Roosevelt était donc obligé de ruser avec son opinion publique. Maison ne pourrait pas séparer Washington de Londres.

Ni empêcher que les deux molosses, l’Allemagne nazie et laRussie soviétique, n’en viennent à s’entrégorger. Et la Russie, comme en 1914, apporteraitle complément de sa masse aux Alliés. Il fallait donc que la France Libre soitprésente dans la Grande Alliance qui allait se constituer.

Pour cela, la France devait être présente sur tous lesfronts, au côté des Alliés.

De Gaulle, dans le froid humide de cette journée du mercredi1er janvier 1941 qui commence, se souvient de ces hommes, lecolonel Leclerc, le capitaine Massu, le gouverneur général Éboué, qui ont faitbasculer des parties de l’Empire français dans la France Libre.

Certes, ni l’Afrique du Nord ni Dakar ne l’ont rejointe. Etc’est douleur, obsession. Mais les Nouvelles-Hébrides, le Tchad, l’Oubangui, le



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