Cependant, lorsque de Gaulle séjourne à Ellesmere, il estréveillé par le grondement des meutes de bombardiers composées de plusieurscentaines d’appareils. Ils survolent le comté au début de la nuit, puis avant l’aube.

Et cette nuit, la dernière de l’année 1940, de Gaulle s’estlevé. Il arpente le parc.

Il ne peut détacher les yeux de l’horizon qu’éclairent lesincendies de Londres, ces lueurs immenses, jaune et rouge.

Une aube prématurée semble dévorer la nuit.

On n’entend que le bruit du vent dans les hautes ramures desarbres du parc : les meutes de la Luftwaffe ont regagné leurs tanières, enFrance, en Belgique, en Hollande. Et les explosions qui accompagnent lesincendies, les bombes à retardement qui tuent les sauveteurs sont tropéloignées pour que leurs déflagrations sourdes parviennent jusqu’à Ellesmere.

Restent ces soudains éclats qui illuminent l’horizon, jaillissementsde lumière qui font croire qu’une aube ensoleillée se prépare.

Mais ce n’est que la guerre cruelle qui va devenir mondiale.De Gaulle en est persuadé, comme l’est Winston Churchill, et comme devront s’yrésoudre le président Roosevelt – qui vient d’être réélu pour un secondmandat le 4 novembre 1940 – ou Staline qui espère – mais ycroit-il vraiment ? – que Hitler respectera le pacte de non-agressiongermano-soviétique du 23 août 1939 !

Comme si Hitler n’avait pas dans Mein Kampf écrit en1925 et posé son programme, son bréviaire.

Le Reich allemand doit s’emparer de l’espace vital situé à l’est.Il doit domestiquer, morceler la Pologne méprisée et la Russie tombée aux mainsde judéo-bolcheviques. Et il faut d’abord écraser la France.

De Gaulle s’immobilise.

La France est le territoire de sa douleur.



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