Parmi ces jeunes hommes, il y a Philippe, son fils.

L’air froid, salé, fait voleter les cols marins, les pavillonsà la croix de Lorraine. Les clairons sonnent. De Gaulle s’adresse à ces jeuneshommes, sans regarder Philippe, mais c’est à lui qu’il parle.

Il dit à l’amiral Muselier, l’un des rares officiers qui l’aientrejoint :

« Ce début de regroupement de la marine française dansla guerre vous fait grand honneur, je vous en félicite. »

Mais il se souvient de Mers el-Kébir, de l’impitoyablelogique britannique qui, le 3 juillet 1940, fit bombarder et détruire laflotte française ancrée dans la rade d’Oran, impuissante.

De Gaulle sait qu’il ne faut jamais oublier que « lesAnglais sont des alliés vaillants et solides mais bien fatigants ».

Leurs agents agissent en France sans en avertir lesrésistants et les envoyés de la France Libre.

Il y a rivalité entre les services secrets britanniques etceux de la France Libre, dirigés par le Bureau Central de Renseignement et d’Action(BCRA).

Et de même, les Anglais conservent pour eux seuls lamaîtrise des informations obtenues en décryptant les messages secrets allemandsgrâce à une machine à crypter et à décrypter – Enigma – miseau point essentiellement par des Français et des Polonais, et utilisée par lesservices de renseignements de l’armée française, fidèles à Pétain maisanti-allemands…

Il faut veiller à chaque seconde aux intérêts de la France, arracherl’appui des Anglais et les empêcher d’empiéter sur les prérogatives de laFrance Libre, c’est-à-dire de la France.

La souveraineté française, « ce doit être mon obsession ».

À peine a-t-il le temps de donner de ses nouvelles à Yvonne.Il n’est rentré d’un périple de deux mois en Afrique qu’en novembre 1940. Etaussitôt, ç’a été une « terrible bousculade ».



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