
« Ma chère petite femme chérie, écrit-il à son épouse.
« À Portsmouth, j’ai vu notre Philippe. Il était trèsbien. On l’avait mis comme l’homme de droite [le plus grand] de la garde d’honneurqui me présentait les armes sur le Président-Théodore-Tissier [lenavire-école].
« J’ai pu lui parler ensuite quelques minutes. L’écolem’a fait bon effet. Le milieu est bon et je vois que Philippe y réussit. C’esttout de même un choix hasardeux que d’entrer en ce moment dans la marinefrançaise ! Mais quoi ? Que ferait-il de mieux ? »
Il écrit un mot à Philippe :
« Ton papa ne t’oublie certes pas et je pense souvent àla vie courageuse et intéressante dans laquelle tu t’es engagé… Je crois que l’équivoquePétain-Vichy est en train de se dissiper… Bientôt les fantômes et les rêvesauront disparu et l’on verra partout, même en Angleterre, qu’entre la Francevraie et nous, les “gaullistes”, il n’y a que l’ennemi… »
Il est en effet persuadé, ces derniers jours du mois dedécembre 1940, que la logique de la guerre va, en 1941, obliger chacun àchoisir.
Il l’a écrit à Philippe, il le dit devant le micro de laradio de Londres, le samedi 28 décembre.
Les mots – les mêmes que ceux qui ont jailli de saplume lorsqu’il s’adressait à son fils – il les martèle, sachant que desmillions de Français les écoutent.
Des rapports transmis de France par les agents derenseignements assurent que les rues et les lieux publics se vident à l’heuredes émissions de la BBC Les Français parlent aux Français.
« L’affreuse équivoque dans laquelle les conditions del’armistice ont plongé la France est en train de prendre fin, dit-il le samedi28 décembre.
« L’apparence de souveraineté dont se targuaient lesresponsables de la capitulation croule à son tour dans la honte et dans lapanique.
