
« Derrière les débris du décor, la nation voit laréalité. La réalité, c’est l’ennemi. »
Sa voix tremble. Ce bilan de l’année 1940, cette espérancepour l’année 1941, c’est le bilan de sa vie.
« Nous avons, nous les Français Libres, le droit et ledevoir de parler ferme et de parler haut. Nous en avons le droit, parce qu’unmillier de nos soldats, de nos marins, de nos aviateurs, sont morts pour laFrance depuis l’armistice.
« L’ennemi est l’ennemi, poursuit-il, l’armée françaisea perdu une grande bataille, la France, elle, n’a pas perdu la guerre. »
Il hausse encore la voix, car il veut que sa certitude, sonanalyse, sa prévision aient la force d’une prophétie :
« Car cette guerre est une guerre mondiale. Si l’ennemia pu d’abord remporter des victoires, il n’a pas gagné, il le sait bien. Déjàde durs revers le frappent. Et dans le monde entier des forces immenses se lèventpour l’écraser.
« Nous proclamons que dans cette guerre mondiale laFrance doit jouer un rôle décisif. Notre Empire est intact. »
Il s’adresse à ces généraux, ces officiers fidèles encore àVichy.
« Nous proclamons que tous les chefs français, quellesqu’aient pu être leurs fautes, qui décideront de tirer l’épée qu’ils ont remiseau fourreau nous trouveront à leurs côtés, sans exclusive et sans ambition. »
Entendront-ils cet appel, les généraux qui régnent sur l’Afriquedu Nord, le Sahara, le Sénégal, et ceux qui commandent à Beyrouth et à Damas ?
Il n’a pas d’illusions sur le jeu anglais.
On lui a rapporté le mot de Halifax, qui exprime la positiondu Foreign Office :
« Pourvu que l’Empire français reste sainementantiallemand et anti-italien, et agisse en conséquence, peu importe que ce soitavec de Gaulle ou avec des chefs qui ne veulent pas rompre avec Vichy. »
C’est le moyen pour Londres – au-delà du froid réalisme –de limiter la souveraineté de la France Libre, c’est-à-dire celle de la France,et de garder ouvertes toutes les hypothèses politiques. De Gaulle ou Pétain ?Tel ou tel militaire ? L’amiral Darlan ou le général Weygand ?
