
Les Anglais et les Américains recueillent ces ragots, jouentdes divisions.
Ils n’ont pas totalement rompu avec les hommes de Vichy. Ilsveulent avoir « deux fers au feu ». De Gaulle pour tous ses rivaux etses opposants n’est que le « biffin », le « képi », voire « legénéral Boulanger ». Les Américains ou les Anglais le désignent souvent dusobriquet « roi Makoko » ou bien de « sacrée Pucelle ». Nejoue-t-il pas les Jeanne d’Arc ?
Jean Moulin a choisi : il sera l’homme de De Gaulleparce qu’il veut l’unité de la Résistance, sous la direction de la France Libre.
Il ne soupçonne pas de Gaulle d’ambition médiocre, personnelle.L’homme veut seulement un grand destin pour la France. C’est un homme qui doute,qui s’interroge : « Aurai-je assez de clairvoyance, de fermeté, d’habiletépour maîtriser jusqu’au bout les épreuves ? » se demande-t-il.
C’est un homme qui rejette toute complaisance.
À Philippe Barrés qui a fait son éloge dans un livre, ilrépond :
« Il est mauvais, aujourd’hui surtout, de se regarderdans la glace principalement quand cette glace avantage le personnage. »
Ce qui inquiète Moulin, ce ne sont donc pas les tendancesautoritaires de De Gaulle, mais le comportement de nombreux résistants, créateursde réseaux, hommes courageux mais qui – tel Henri Frenay – hésitent àabandonner leur autonomie, leurs projets, leurs pouvoirs aux mains du généralde Gaulle.
Ils se rebellent contre ceux qui – tel Jean Moulin –parlent en son nom. Ils ne veulent pas être aux ordres d’un ancien préfet, fut-il
