
Pourquoi ne pas être directement en contact avec les Anglaisou les Américains ou même maintenir un lien avec les hommes de Vichy ? Frenayverra ainsi Pucheu, le ministre de l’intérieur de Pétain, l’homme qui a « trié »les otages que les Allemands vont exécuter en représailles de l’assassinat d’officierspar des « terroristes » communistes.
Pucheu, le ministre détesté, le « collaborateur »indigne, qui a choisi les « communistes » comme otages.
Mais Frenay, qui le rencontre, dit de lui :
« Pucheu ? Indiscutablement un homme fort, son langageest viril, sa parole franche, rien en lui de trouble et de cauteleux. Il pensece qu’il dit et il le dit avec force. »
Et Henri Frenay, l’un des premiers résistants, un patriotedéterminé, le créateur du mouvement Combat, est fasciné, flatté aussique Pucheu lui confie :
« Si j’ai accepté de vous rencontrer, c’est parce queje savais avoir affaire à un homme raisonnable. »
Mais comment, ainsi « distingué », Frenayaccepterait-il d’emblée sans rechigner de rentrer dans le rang, de se soumettreau « préfet » Jean Moulin, et de dépendre de lui pour ses contactsavec Londres, pour les livraisons d’armes et les attributions de fonds ?
Tâche difficile que celle de Moulin qui, ce jeudi 1er janvier1942, alors que le mistral cisèle comme à coups de burin les arêtes desAlpilles, hâte le pas.
Voilà des années qu’il vit dans l’urgence, Front populaire, guerred’Espagne, débâcle : chaque fois il a fait face.
Le temps presse toujours si l’on veut échapper à la tyrannie.
Et si l’on veut l’unité de la Résistance, « tout oupresque reste à faire. Il faut tout organiser, c’est-à-dire créer de toutespièces à l’aide de personnalités plus ou moins hésitantes, disciplinées oudésintéressées, des troupes et des services bien encadrés et chargés de tâcheset de missions précises ».
