On massacre dans les ghettos de Pologne, d’Ukraine, des paysbaltes.

On déporte, on gaze dans des camions gigantesques, stationnésdans les clairières des forêts d’Europe centrale et de Russie.

On abat les Juifs d’une balle dans la nuque. Et les corpssont précipités dans des fosses communes et recouverts d’une mince couche deterre, qu’un bras parfois perce, dans un ultime sursaut de vie.

Dans le ghetto de Vilna, un adolescent de quatorze ans écrit :

« J’ai le sentiment que nous sommes pareils à desmoutons. On nous massacre par millions et nous sommes démunis. L’ennemi estfort, rusé, il nous extermine conformément à un plan et nous sommes découragés. »

Mais dans le même ghetto de Vilna, un poète de vingt-troisans, Abba Kovner, rassemble cent cinquante jeunes gens, sous couvert de fêterle nouvel an, et il lit le Manifeste qu’il a rédigé et qui est lepremier appel à une résistance juive armée.

« Nous n’allons pas nous laisser conduire comme desmoutons à l’abattoir, dit-il. Il est vrai que nous sommes faibles et démunis, maisla seule réponse au meurtrier est la révolte ! Frères ! Mieux vautcombattre en hommes libres que de vivre à la merci des meurtriers. Levez-vous !Levez-vous, jusqu’à votre dernier souffle.

« L’espoir est encore vivace car on n’imagine pas que1942 puisse être pire que cette année 1941, la plus atroce pour nous, atrocepour tout ce que nous avons dû endurer réellement nous-mêmes, plus atroceencore à cause de la menace permanente, la plus atroce de toutes du fait de ceque d’autres ont subi, dont nous sommes les témoins (évacuations, assassinats),mais cette fin d’année nous apporte confiance. »

Les armées allemandes n’ont pas réussi à prendre Moscou niLeningrad. Elles ont dû reculer devant la contre-offensive soviétique lancée endécembre 1941 pour écarter la menace sur Moscou.



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