« Pour la première fois dans cette campagne de Russie, noteun officier allemand dans son journal, nous avons dû battre en retraite. »

Mais les Allemands s’accrochent au terrain – ordre duFührer, Haltbefehl – et ils tiennent parce qu’ils savent quereculant encore, ils connaîtraient le sort de l’armée napoléonienne.

Ils font de chaque isba un fortin. Ils résistent aux assautsdes « Sibériens » – ces soldats bien équipés venus de Sibérie.

Ils savent que le froid, les tempêtes de neige, lesblizzards seraient aussi meurtriers que les Russes.

Mais c’en est fini de la Wehrmacht qui était entrée le 22 juin1941 en Russie, sûre de sa force.

« Nos soldats sont devenus de froids techniciens de lamort, maîtrisant leurs armes avec lucidité et raffinement, écrit un officier. Ilssavent comment tenir au chaud leurs mitrailleuses afin qu’elles aient unrendement maximum, et qu’elles éventrent ces vagues d’assaut russes qui s’élancenten criant “Hourra, Hourra”. Ils n’ont plus d’états d’âme quant à la mort desautres. Ce qui reste d’humanité dans leur cœur est réservé aux camarades… Ilsse protègent comme ils peuvent du froid. Ils ressemblent plutôt à une bandehétéroclite composée de clochards qu’à une armée en campagne. »

Et dès qu’ils ont brisé une vague d’assaut, ils seprécipitent pour dépouiller les cadavres russes de leurs bottes de feutre, deleurs manteaux fourrés, de leurs chapkas à oreillettes, de leurs gants.

Mais les pertes allemandes creusent des sillons de sang dansles régiments.

Et dans toute l’Europe occupée, en ce premier jour de l’année1942, on s’en réjouit.

« Nous regardons les ambulances et les convoismilitaires qui filent à l’ouest. Ils sont chargés de soldats blessés et gelés. Leplus souvent, les gelures touchent les mains, les pieds, les oreilles, le nezet le sexe… »

Ce témoin, un Juif polonais, ajoute : « Beaucoupde gens meurent, mais tous ceux qui sont encore en vie sont certains que l’heurede la vengeance et de la victoire sonnera pour nous. »



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